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Une infirmière à la maison

Le Ballet

6 Janvier 2017 , Rédigé par Anne

Un immeuble, une entrée sombre et sale. 
Quelques pas me mènent jusqu'à l'ascenseur dans lequel une surprise différente m'attend chaque jour : aujourd'hui des restes de repas, visiblement trop copieux ou trop arrosé. 
Finalement je me servirais de mes jambes pour monter.
Il est onze heures passées et les odeurs de cuisson se mélangent dans la cage d'escalier.
Je range mes clés dans la poche arrière de mon jean, machinalement, en entamant l'ascension de ces quelques étages.
Je souffle, les escaliers sont raides et mes genoux douloureux.
L'appartement qui s'ouvre, après quatre séries de marches est aéré, propre et sa porte en se refermant laisse dans le couloir tous les désagréments olfactifs des dernières minutes.
Je respire...et souris à la femme qui se tient là, face à moi.
Elle sera ce matin la vingtième patiente que je vois, la vingtième qui m'attends. 
Elle sera aussi la première à me regarder droit dans les yeux et me demander comment je vais, si je tiens le coup parceque j'ai l'air fatiguée.
Un peu surprise, je répond machinalement que oui, tout va bien, pas d'inquiétude et la remercie pour cette attention.
Tout va bien.
Une poignée de minutes après, je repasse la porte, dévale les escaliers.
Je suis en retard.
Je laisse l'entrée sombre et sale derrière moi. 
Ma voiture m'attend, le prochain patient s'impatiente surement.
Je suis mon chemin : de maison en appartement, d'escaliers à monter en ascenseur qui déraille,  de portillons à refermer en muret à enjamber.
Les jardins, les rues, les trottoirs, les portes défilent comme dans un ballet bien orchestré par lequel on se laisse porter.
Un ballet qui donne parfois le tournis tant il est rapide et semé d'embûches et où s'entremêlent les âmes et les corps que l'on panse. 
Un ballet qui n'est pas le même d'une journée à une autre, tantôt gai tantôt morose mais jamais ennuyeux. 
Alors oui, malgré la fatigue, malgré les difficultés, parce qu'il y a ces femmes et ces hommes chez qui le temps s'arrête, ces femmes et ces hommes qui sont au centre de nos journées de soignants, tout va bien.

Tout va bien tant que ce ballet aussi intense soit-il a du sens... et il en a.

 

 

Billet publié dans L'infirmière Magazine de novembre 2016

Photo du English National Ballet

Photo du English National Ballet

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