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Une infirmière à la maison

Un été de soignant

31 Août 2016 , Rédigé par Anne Publié dans #Reflexions sur la profession

Les cartables sont prêts, les stylos, classeurs et autres fournitures qui sentent bon le neuf (et parfois un peu le pétrole) sont bien rangés et attendent patiemment d'être utilisés.
Les enfants sont encore petits et vivent la rentrée comme un moment sympa représentant surtout les retrouvailles entre copains après deux mois de séparation.
Plus personnellement, je suis aussi heureuse qu'ils reprennent le chemin de l'école et le rythme qui va avec.
Les vacances scolaires c'est bien quand on peut être ensemble mais un vrai casse tête quand on travaille.
Vacances scolaires, vacances d'été... Une période spéciale pour les soignants... Comme pour tous?
Je ne sais pas.
Une chose est certaine c'est que pour les soignants, ces deux mois qui rythment le calendrier ne riment pas avec simplicité.
La continuité des soins et le caractère incompressible de la charge de travail au fil des jours entrainent une complexité dans l'organisation des plannings en période estivale.
Alors il faut jongler : avec un personnel réduit ( encore plus que d'habitude, les embauches pour remplacement sont bien souvent limitées), des urgences saturées, des lits fermés dans certains services etc...
Pour les soignants cela se traduit par plus de travail, plus vite, sur des temps plus longs.
Ceci en structure comme à domicile : ce qui se passe à l'hôpital se répercute en ville, assurément.
Ceux qui ont la chance de prendre trois semaines d'affilée, voient en général la première comme une sorte de convalescence : du repos pour se remettre de ce rythme infernal. Ils savent aussi que quand ils vont revenir, il va falloir s'accrocher et reprendre rapidement la cadence.
Il m'est arrivé de penser et même de dire en plaisantant, à quoi bon, dans ce cas, s'arrêter?
Et pourtant...
Prendre des vacances, s'éloigner de ce milieu où règne une pression continue et dans lequel se côtoient douleur, détresse, saupoudrés de plus en plus souvent de violence et de misère sociale est essentiel.
Trois semaines, c'est un minimum.
Retrouver le temps de s'occuper de soi, de sa famille et/ou de ses amis. Retrouver le temps de vivre. Recharger ses accus.
Trois semaines.
Mais nous ne les avons pas tous, ces trois semaines.
Pour certains elles sont éclatées, scindées en deux parcequ'il n'y a pas de remplacement possible ou parceque c'est un moyen de faire encore plus d'économies voir de profits pour les structures privées.
Alors quand la reprise arrive, il y a un goût de trop peu voir d'amertume et il est difficile de ne pas penser que nos professions sont malmenées.
Il est difficile de fermer les yeux également sur le fait que certains collègues en souffrent jusqu'au point de mettre fin à leurs jours, cela dans une indifférence voir un mépris quasi général.


En cette veille de rentrée scolaire, je me retourne sur cet été que je n'ai pas vu passer comme beaucoup d'entre nous et j'ai une pensée émue pour les soignants niçois qui ont du faire face à l'horreur, ainsi que pour les familles et entourages prochesdes collègues infirmiers qui ont pris la décision de quitter ce monde.


En cette veille de rentrée scolaire, la maman que je suis est heureuse de voir ses enfants grandir et franchir une nouvelle étape mais la soignante reste meurtrie et je vous avoue quelque peu désabusée, un peu plus chaque jour.

Un été de soignant

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