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Une infirmière à la maison

Infirmier libéral et statuts : travailler ensemble

3 Décembre 2015 , Rédigé par Anne Publié dans #Reflexions sur la profession

Bienvenue à toi, jeune ou moins jeune collègue, bienvenue dans ce monde à part que représente le versant libéral de notre profession.
Tu en es sûr, certain. Tu veux te lancer, tenter de te détacher du travail en structure de soin.
Cette hiérarchie pesante, ces horaires à rallonge sans contrepartie financière et sans reconnaissance te pèsent.Tu recherches un second souffle professionnel, en autonomie. C'est donc tout naturellement que tu te tournes vers ce mode d'exercice.
Tu t'es renseigné : les démarches administratives, les contraintes de conventionnement, la Ngnap... euh...la Nagp...la Npag? arg! la Gnap! ha non, la Ngap, voilà c'est ça la Ngap! (Nomenclature générale des actes professionnels)... Bref, tout cela n'a plus de secret pour toi. Ça y est. Tu es prêt.
Reste désormais à trouver avec qui se lancer.
Et c'est là que ça se complique. Crois moi, la Gnap, enfin Ngap n'est rien par rapport à ce qu'implique la continuité des soins sur le terrain : se regrouper, travailler ensemble mais de manière indépendante (et courtoise) pour pouvoir prendre des jours de repos voir des vacances régulièrement (ceux qui travaillent seuls et assurent du sept jours sur sept toute l'année sont disons le, rares et heureusement).


Pour cela, tu disposes de différents statuts :


Remplaçant(e) :


Comme son nom l'indique, le remplaçant remplace. Un infirmier qui ne travaille pas...Il ne vient pas s'ajouter à des infirmiers en place pour accroître le volume d'activité d'un cabinet se trouvant en zone surdotée. Non?
Non.
Et même pas si..?
NON.
Et il n'est pas salarié. L'infirmier qu'il " remplace " lui reverse donc l'intégralité des actes qu'il effectue selon la Nagp (la Ngap, damned) tout en gardant un pourcentage raisonnable qui couvre les charges et les tracasseries administratives ( et non, garder une partie en plus pour changer la Bwingo et prendre une Borsche n'est pas " raisonnable " entendons nous bien).


Si tu optes pour ce statut, Il te faudra donc faire bien attention, signer un contrat clair et précis sur les conditions de tes remplacements à chaque fois. Et être vigilant à ce qu'il n'y aient pas de clauses abusives.


Collaborateur(-rice) :


Le statut de collaborateur (-trice) a été créé au départ pour aider les jeunes voulant s'installer. S'installer en douceur.
C'est chouette. C'est bien la douceur, ça donne envie.
Le collaborateur travaille donc en toute indépendance, il facture ses actes et touche ses propres honoraires, il "collabore" avec un cabinet infirmier où il a son adresse professionnelle et dans lequel en toute logique il développe une partie de la patientèle.
Quand le collaborateur commence, la patientèle du cabinet existe déjà, il convient alors de rétrocéder une partie de ses honoraires aux infirmiers déjà en place, somme qui couvre aussi une partie des charges de fonctionnement du groupe. Vous me suivez?
La logique voudrait que la collaboration débouche sur une association.
La logique voudrait qu'après plusieurs années la patientèle soit considérée comme commune et que le collaborateur s'étant acquitté de rétrocessions parfois importantes pendant de longs mois puisse prétendre à s'associer aux autres et ainsi avoir son mot à dire dans les décisions prisent par le groupe et l'orientation du cabinet.
Et non, garder un collaborateur pieds et poings liés par un contrat qui ne lui permet pas de développer sa propre patientèle quand on ne veut pas qu'il ait une part dans la notre, ce n'est pas très correct. Les rétrocessions en plus des charges communes qui sont justifiées au début ne le sont plus au bout d'un moment. Le collaborateur aura la vague impression de payer ses collègues pour pouvoir travailler d'une façon qui lui est en plus imposée vu qu'il n'a pas de pouvoir décisionnel au sein du groupe. Normal?
Non, je ne crois pas. Et pourtant...


Si tu optes pour ce statut, il te faudra faire bien attention également, t'assurer que cette collaboration puisse déboucher sur une association et que si ça n'est pas le cas tu puisses partir en toute quiétude sans avoir l'interdiction de travailler dans la moitié du département ( j'exagère... à peine ) : la fameuse clause de non concurrence : abusive ou pas?


Associé :


Ou fondateur (-rice) d'un cabinet infirmier dans lequel étant donné qu'il est difficile de travailler longtemps seul(e) tu seras surement amené à t'associer avec un ou plusieurs collègues.
Tu seras complètement indépendant. Ce n'est pas forcément évident dés le départ car il faut le temps de créer une patientèle et pouvoir en vivre.
Il y a aussi l'option de "racheter" une tournée déjà établie à un ou une collègue qui déplaque mais financièrement il faut pouvoir le faire et puis rien ne garanti que la tournée ne s'effrite pas au fil du temps alors investir dans du vent?
Le point positif c'est qu'une fois que ces difficultés seront surmontées, tu seras impliqué dans les décisions importantes et maître de l'organisation de ton travail. Non redevable de quelconques rétrocessions possiblement abusives.






Être indépendant par le statut mais devoir travailler ensemble pour assurer la continuité des soins n'est pas une mince affaire.
Se plonger dans l'exercice libéral en tant qu'infirmier c'est se perdre dans une jungle dense où il n'est pas rare de croiser des hyènes et autres animaux agressifs et sournois. Une jungle dans laquelle il faut savoir évoluer pour ne pas se perdre.

C'est une approche du soin différente, passionnante, enrichissante humainement mais qui peut s'avérer être très pénible quand on se sent bridé par des pairs qui profitent d'un terrain sur lequel ils règnent en maître depuis parfois des décennies pour y imposer leur façon de faire.


Ne pas accepter de travailler sans un contrat clair, ne pas accepter n'importe quelles conditions parce que l'indépendance est essentielle, voilà la clé d'une évolution sereine dans un milieu qui ne l'est pas forcément.


Alors bienvenue à toi dans ce monde à part et fais bien attention : si ta collègue change sa Bwingo pour une Borsche à Noël c'est qu' il est peut être temps de revoir ton pourcentage de rétrocession!

" Quand en libéral tu commenceras... le contrat, avant de signer, tu liras...."

" Quand en libéral tu commenceras... le contrat, avant de signer, tu liras...."

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