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Une infirmière à la maison

Soignants, la vie et au delà.

3 Novembre 2015 , Rédigé par Anne Publié dans #Reflexions sur la profession

Une main gantée, des gestes délicats. Tout se passe doucement, au rythme et au son de l'eau dans laquelle le linge de toilette est plongé. Les deux soignantes sont chacune d'un bord du lit, enveloppantes. Il n'y a pas plus mauvaise lumière que celle d'un néon hospitalier, d'endroit plus impersonnel qu'une chambre numérotée au bout d'un couloir.

Stéphanie frissonne mais se reprend et continue. Son regard se pose sur le visage de la patiente. Une personne dont elle sait très peu de choses finalement. Son âge, sa maladie : sérieuse et avancée, son mari qui vient tous les jours. Ses jolies chemises de nuits et ses petits chaussons.

Elle se passe la main sur le front, tourne la tête et voit des dessins accrochés au mur, des dessins d'enfants, probablement de l'âge des siens. Elle n'y avait pas vraiment prêté attention avant ce matin. Son coeur brûle, se tord et elle retient ses larmes comme elle peut. Ce n'est pas le moment. Ce n'est pas professionnel. Laurie, sa collègue semble effacée. Leurs gestes se coordonnent, les mots entre elles et vers la femme dont elles prennent soin sont chuchotés, presque inaudibles. Elles échangent un regard et se tournent vers leur patiente : Le soin se termine.

Chacune, à sa manière dit " au revoir ", une parole susurrée ou une main caressant le front blême, presque froid maintenant de la vieille dame. Elle est prête. Prête à recevoir sa famille et ses proches pour une toute dernière fois.

À la sortie de la chambre, le couloir semble interminable, bruyant. Il va falloir continuer, reprendre le cours des choses. Peut être dans la matinée en parleront elles. Peut être pas. Souvent pas, malheureusement. Le sujet sera vite évoqué au décours des transmissions. Vite.Trop vite.

Et pourtant... Quand il s'agit de la mort à l'hôpital, Il n'y a pas de jolie musique de fond, d'épaules réconfortantes attendant à la sortie. Non. Il y a un homme ou une femme dont la vie s'est envolée, plus ou moins brutalement et dont nous devons prendre soin pour la dernière fois.

Malgré l'expérience professionnelle, chaque dernier accompagnement soignant reste une épreuve, un huit clos avec la plus glaçante énigme de la nature humaine qui nous renvoie crûment à notre propre état de mortel et celui de ceux qu'on aime. La mort, ce tabou dont nous ne parlons quasiment pas ou alors du bout des lèvres, en chuchotant, de peur que... Les soins qui l'entourent sont pourtant fondamentaux et scellent définitivement le caractère humain d'une prise en charge.

Nous, Infirmiers, aides soignants, prenons soins jusqu'au bout et même au delà : nous prenons soins des vivants et accueillons leur mort, quand elle arrive, avec dignité. Nous ne sommes pas ou peu accompagnés et encore moins reconnus pour la pénibilité de ce que représente notre travail. Et pourtant si nous disparaissons, qui sera le garant de l'humanité que nous nous appliquons à apporter jour après jour auprès des patients?

Soignants, la vie et au delà.

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