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Une infirmière à la maison

Un soir.

27 Novembre 2015 , Rédigé par Anne Publié dans #Dans ma vie

J'arrive en retard au travail, de vingt minutes.
Mes collègues ont eu la gentillesse et la patience de m'attendre pour faire les transmissions et passer le relais pour la nuit.
Puis vient la surveillance de début de soirée, les soins... tout s'enchaîne.


Il fait nuit noire. C'est la panique. Combien? combien étaient-ils?
Il y en a un là bas m
e dit-on.


Les patients sont plutôt calmes, ont cédés pour la plupart à l'appel des bras de Morphée. Certains d'entre eux restent angoissés, agités. Nous les aidons, les rassurons. Les heures passent.




Il respire.


Les minutes sont longues, si longues.



En arpentant les couloirs des questions m'assaillent, des images aussi. Une surtout. Je les chasses d'un revers de pensée. Je me concentre sur la préparation de cette injection qui va soulager celui dont la douleur s'est réveillée. Il y a ce qu'il faut ici, j'ai ce qu'il faut entre les mains.
Même pour cette perfusion arrachée, j'ai ce qu'il faut pour nettoyer, reposer... j'ai ce qu'il faut pour soigner.


Il respire.


Mais il ne fait plus qu'un avec cet amas de taule froissée maculée de sang, d'herbe et de terre.
Les sirènes rai
sonnent au loin...
Mes mains sont vides, tremblantes.


La nuit se termine. Je passe à mon tour le relais. Tout va bien. Tous ces patients que nous avions entre nos mains vont bien.


Les secours sont arrivés.



Hier soir j'étais en retard au travail. De vingt minutes.


Hier soir il y a

eu cet accident.


Il respirait encore.


Je n'ai rien pu faire...

Un soir.

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Nathalie-IDE 28/11/2015 01:19

Une sortie d'école, début de l'été. Un agent fait passer les enfants, devant nous, nous attendons. Et je le vois s'écrouler lourdement sur le sol ... Vite, vite !!! Mon mari me protège des véhicules, une femme qui a aussi tout vu me rejoint. Plus de respiration, on attaque respiration artificielle et massage cardiaque. D'autres personnes s'attroupent, mon mari les fait reculer, tout en appelant Samu, pompiers .... Et nous continuons, sans relâche. Samu et pompiers prennent enfin le relais. Un gradé vient nous voir, avec le médecin, nous avons bien fait, mais en vain. Il était mort avant d'avoir touché le sol. Et cette autre femme et moi, nous éclatons en sanglots, nous prenant dans les bras... C'est ce qui m'a permis de faire le deuil de cet homme que je ne connaissais pas. Ça et les remerciements de son épouse et de ses enfants. Je comprends que tu y aies pensé encore longtemps après.

La petite infirmière dans la prairie 27/11/2015 23:51

Ton article m'a donné des frissons. Dur mais tellement vrai. À bientôt

Damien Robinet 27/11/2015 19:56

Un moment qui n'aurait jamais dû se produire. Un drame tragique qui a fait bouger les choses. Un attentat qui a rassemblé le peuple. Un peuple uni après de tels événements en 2015.
Pourquoi a-t-il fallu qu'on en arrive jusque là ?
Merci à tous les acteurs qui ont sût porter secours dans une telle catastrophe. Merci à vous du métier que vous pratiquez chaque jour, des vies que vous sauvez et du bien que vous apportez. J'ai pensé à vous à chaque instant même si je ne me suis pas engagé avec mes collègues sur le lieu du drame...

Anne 27/11/2015 21:07

Merci beaucoup pour ce commentaire précieux. Dans mon billet je parlais d'un tragique accident de voiture sur lequel je suis " tombée " en allant travailler la semaine juste avant les attentats. Mais comme toi toutes mes pensées les plus émues vont aux équipes de secours qui elles ont oeuvré le soir du 13 novembre et qui continuent encore aujourd''hui de prendre soin des blessés..