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Une infirmière à la maison

Lettre ouverte d'une infirmière libérale à bout de souffle.

15 Septembre 2015 , Rédigé par Anne Publié dans #Reflexions sur la profession

Rose, Henri, Jordan, Marie, Joséphine, Raymond, Victor, Sara, Fatima, Igor, Simon, Liliane, Jean, Madeleine, Kenzo, David, Laurence, Pierre...


Il y a visages sur tous ces noms, des vies, des maladies de la plus bénigne à la plus terrible. Des soins ponctuels, chroniques, tôt le matin, tard le soir, la nuit, les dimanches et jours fériés.
Des soins sur des maux. Les maux de l'humanité, que nous, soignants, nous appliquons à panser, penser pour mieux apaiser. Adoucir le physique qui brûle, pique, arrache, broie mais aussi la psyché qui hurle, elle aussi, par moment une douleur invisible.
Nous sommes là, sans relâche, investis puisqu'il ne peut en être autrement. Parce que s'il en est autrement, nos métiers qui s'inscrivent par essence dans la continuité n'ont plus de sens.
Investir notre pratique et la renforcer d'une expérience précieuse acquise sur le terrain après y avoir ancré les bases d'études plus ou moins longues, c'est ce que requièrent nos professions.
Pour cela il faut tenir, il faut pouvoir exercer dans des conditions qui le permettent, qui l'encouragent. Hors, personnes ne peut le nier, ces conditions sont de plus en plus difficiles.
Elles le sont d'autant plus qu'elles n'échappent pas à ce qui régit notre société, la rentabilité. Faire toujours plus, avec de moins en moins de moyens.
Nous, soignants, sommes conscients de ces contraintes financières. Comment les nier?
Nous, libéraux également et par la force des choses, parce que nous nous les prenons à longueur d'exercice dans la figure. Et comme si cela ne suffisait pas, à longueur de médias.


Nous sommes des milliers de soignants, médicaux et paramédicaux à avoir choisi l'exercice libéral.


Des milliers de soignants pour qui l'essentiel se trouve dans l'accompagnement, la prévention, le soin de proximité.
Des milliers de soignants qui s'enrichissent de l'échange qu'ils ont avec leurs patients, de la diversité des relations humaines qu'il engendre.
Des milliers de soignants pour qui, croyez le ou non, la seule logique comptable est celle qui consiste simplement à faire vivre leur propre famille.
Des milliers de soignants, infirmières, kinésithérapeutes, médecins, sage-femmes... que les injonctions paradoxales d'un système qui veut tout et son contraire comme développer les soins ambulatoires tout en réduisant les coûts des prises en charges à domicile, sont en train d'achever.
Des milliers de soignants qui se voient étouffer professionnellement parlant et aussi malheureusement souvent personnellement car nos métiers nous les aimons et ne pouvons nous empêcher de vivre aussi un peu à travers eux.


Alors s'il vous plait, arrêtez ce harcèlement, cette stigmatisation qui consiste à nous exposer comme vivant grassement au dépend du système et aidez nous, libéraux, à exercer nos professions avec comme seul soucis le bien être des personnes malades que nous avons en charge.
Nos patients ont besoin de soignants, humains, non de gestionnaires comptables enfermés dans une logique de rentabilité.


Une infirmière libérale... à bout de souffle.

Lettre ouverte d'une infirmière libérale à bout de souffle.

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DTK33 27/09/2015 21:03

Bonsoir, oui vous avez vu juste. Cela me ramène quelques années en arrière. Après 5 années à exercer et à vivre intensément une expérience hors du commun en libéral. J'ai jeté l'éponge. Usé par l’urssaf, la carpimko, l’arapl, la taxe professionnelle et l’impôt sur le revenu. Ainsi, plus de 50% de mes revenus ont éte absorbés par l’écrasant système d’imposition des professions libérales de mon pays. Mes diplômes, mes qualifications et mon expérience ne me sont pas du tout reconnus, mes actes et mes soins ont été comptabilisés, surveillés et parfois refusés. Ma tâche journalière m'a été rendue difficile par la justification permanente auprès des différentes caisses d’assurances maladie; la faute aux tricheurs et culs-terreux qui empoisonnent cette profession et qui continuent d’exercer. Aujourd'hui, je le vois encore par le compte-rendu honteux de la cour des comptes qui pointe une dépense abyssale des professions libérales dans les soins à domicile. Quel hypocrisie et quelle honte de la part de ceux qui veulent faire du domicile le lieu où l'on veut maintenir nos personnes âgées. Complètement paradoxal. Bon courage

iman 18/09/2015 12:21

bravo et merci pour ce blog réaliste qui, si nous vivions dans une société humaniste...remplacerait ces télé réalités de m... en prime time, afin d' ouvrir les yeux à tous ceux qui ont des idées reçues et faussées de notre si beau métier...mais si injustement attaqué de tous...qu'il peut arriver de baisser les bras et changer de voie...tellement nous sommes épuisées....une idel de 46 ans... dont 15 ans en libérale.