Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Une infirmière à la maison

Une tournée (dés)organisée

17 Mai 2015 , Rédigé par Anne Publié dans #ma vie d'infirmiere

En libéral, nous sommes amenés à effectuer une multitude de soins, variés, qui vont du plus technique au soin d'hygiène, les bases de notre métier. Ces soins il faut les planifier, leur donner un ordre judicieux qui prend en compte toutes les contraintes : créneau horaire précis, nature du soin... Jusque là c'est à peu de choses près comme une organisation de service hospitalier mais ce qui diffère, à domicile, ce sont d'autres contraintes qui viennent s'ajouter aux basiques et qui sont tantôt ordinaires tantôt... surprenantes.


Pour planter le décor voici l'exemple type d'une de mes tournées :


Le Début se situe en général vers sept heures en commençant par les soins qui nécessitent un passage avant huit heure : insulines, traitements, prises de sang, injections d'anticoagulants ( quand il y en a deux par jour ), préparation des patients qui vont passer la matinée en dialyse, perfusions etc etc... parfois un ou deux soins d'hygiène chez les lève-tôt. Cette liste fait office d'exemple, bien sûr, il n'y a jamais TOUS ces soins sur une même période.
Arrive ensuite le créneau huit heure trente/dix heures trente. Là, se font essentiellement des soins d'hygiène et de confort.
Vient ensuite la fin de matinée qui est dédiée aux pansements divers, aux injections d'anticoagulants, d' antibiotiques, surveillance ou retrait des chimiothérapies en cours ( infuseurs )...
Puis à nouveau avant l'heure du déjeuner, la valse des insulines reprends puis les soins qu'il reste à effectuer quand il n'y a pas eu moyen de les placer avant midi.
Les tournées matinales se terminent vers treize heures en général, treize heures trente quand il y a beaucoup de travail et puis il y a la " paperasse " à gérer, ordonnances, DSI, factures, transmissions... les coups de fils divers et variés aux médecins généralistes pour le suivi, aux familles, à l'hôpital etc, etc... le passage à la pharmacie pour récupérer les médicaments et ravitailler les semainiers.
Une petite pause puis vers seize heures c'est reparti, la tournée du soir se déroule jusqu'à au plus tôt dix neuf heures trente, au plus tard... très tard et suivie parfois d'une astreinte de nuit quand il y a des patients perfusés qui nécessitent une surveillance.


Une journée de travail est donc dense voir très dense. L'organisation des passage pour les soins à domicile est primordiale.
Venons-en donc aux contraintes avec lesquelles nous sommes tenus de composer :


Il y a l'urgence, contrainte extrême, le must de la contrainte ou événement non prévisible qui oblige à tout réorganiser par la suite.
Il y a les rendez-vous médicaux divers mais qui dans la logique sont anticipés au plus tard la veille du dit rendez-vous.
Il y a les repas familiaux les dimanches et jours de fêtes, logiquement anticipés aussi et en général pas trop gênants car les départs se font plutôt en toute fin de matinée ( sauf pour les personnes diabétiques mais on trouve toujours une manière de s'arranger avec la famille du patient ).


Il y a donc ces contraintes somme toute banales qui peuvent chambouler une tournée mais il y en a d'autres aussi, plus surprenantes et qui nous prennent au dépourvu.


Le point transit de neuf heures seize précises :

" Oh mais il n'est pas neuf heures trente et vous êtes DÉJA là? "
" Oui, pourquoi? mais où êtes vous Madame P. ? "
" Au toilettes! j'ai besoin d'un peu de temps, si je ne fais pas maintenant vous savez après c'est compliqué donc ça ne vous dérange pas d'attendre? "
" Hum, c'est que... j'ai pas mal de monde à voir et je... bon allez-y "
Donc là, deux options se présentent à vous : soit vous n'êtes pas très loin d'un des prochains patients et vous tournez vite les talons pour aller faire un soin ailleurs en attendant que transit se passe.

Soit, vous n'avez pas le choix, il vous faudra attendre, en essayant de ne pas penser aux longues minutes qui vous retardent les unes... après les autres...avec comme petite musique d'attente les notes plus ou moins douces qui sonnent la libération intestinale de Madame P.


La porte close :


Dans le meilleur des cas, accompagnée d'un petit mot disant : "Je suis sorti(e) faire une course, je reviens vite ".
Un aller retour pour rien... Il faudra repasser si pas d'autre possibilité ou laisser à votre tour un petit mot : " Vous êtes allé(e) faire vos courses, vous pourrez donc vous rendre aisément au cabinet infirmier où je vous recevrais sans problème pour votre soin quotidien" ( cordialement, bisous ).
Mais parfois il n'y a pas de petit mot et ça peut être réellement source d'angoisse, on frappe, on sonne : personne. On fait le tour de la maison, on essaie de regarder au carreau... bref, on se demande si notre patient n'est pas enfermé, agonisant à terre... le portable est dégainé... mais voilà Monsieur R. sourire au lèvre au coin de la rue : " ha c'est vous, j'étais parti promener le chien! ça ne vous dérange pas, je lui met ses croquettes et j'arrive! "
Bien, bien, bien.


L'appel de dernière minute :


Il est dix sept heures, le rythme est soutenu mais les soins s'enchaînent. Aujourd'hui vous pensez finir plus tôt ( youpi ) et là votre patient de dix sept heure trente ( environ ) vous appelle : " Allo, aheum un peu gêné quand même, bonsoir, je vous appelle pour vous prévenir que je ne suis pas chez moi. Vous pourrez passer plus tard? " Plus tard... donc en fin de tournée. Bon, finalement finir tôt était une utopie. Ne plus JAMAIS se le mettre en tête, JAMAIS. Un conseil après ce genre d'appel faites attention d'avoir bien raccroché avant de lâcher verbalement toute la déception qui vous envahi soudainement et fait trembler l'habitacle de votre voiture ( ou poney, c'est selon ) ça peut faire des histoires.


L'appel "mauvaise foi" :


Oui, ça arrive, très rarement mais il arrive qu'une porte close sans explication soit suivie d'un appel du genre : " Vous êtes passée, han...déjà? mince, j'ai attendu le bus et il a crevé et puis il y avait des travaux... je ne pensais pas que vous seriez passée si tôt. Comme d'habitude? han, non pas si tôt d'habitude, si? ha oui, peut être...vous pouvez repasser vers dix neuf heures? non? Maintenant? ha non, en fait je ne suis pas encore tout à fait chez moi vous comprenez."



Organiser une tournée, en libéral, c'est donc composer, décomposer et recomposer, toujours, à l'infini. Et même quand on pense tout maîtriser il y a toujours une surprise qui nous attends à neuf heures seize pour nous rappeler que nous nous occupons bien d'êtres humains et que l'être humain peut être totalement imprévisible!

Une tournée (dés)organisée

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article