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Une infirmière à la maison

Seule en scène, la vulnérabilité de l'infirmière libérale.

20 Avril 2015 , Rédigé par Anne Publié dans #Reflexions sur la profession

Aujourd'hui, j'écris en réaction à une nouvelle terrible dont le traitement médiatique est injustement non proportionnel à l'horreur qui en constitue les faits. Un article dans un journal local, passé inaperçu ou presque si la victime n'avait pas témoigné dans un média spécialisé sur le net.
Aujourd'hui, mes pensées et mon soutien vont vers ma consoeur et sa famille, il n'y a pas de drame plus terrible qu'une agression qui se produit lorsqu'on exerce une profession qui consiste à prendre soin de l'autre.
Tous les ans des dizaines de consoeurs et confrères sont victimes de violences dans le cadre de leur fonction et dans l'indifférence la plus sombre du gouvernement et des médias. Souvent, ils ne portent même pas plainte, le patient étant en souffrance et puis à quoi bon... Pourtant il le faudrait, pour que chaque agression, harcèlement soit relevé, reconnu et traité par la justice.
Il y a un aspect dans ces violences qui m'interpelle, qui me glace encore plus le sang. Nous exerçons une profession qui est en très grande majorité féminine et les dernières agressions relevées par les médias ont comme celle-ci trop souvent un caractère sexuel. Une infirmière libérale a été froidement abattue l'année dernière parce-qu'elle avait refusé les avances d'un de ses patients.
Beaucoup de métiers sont exposés au risque d'agression mais il ne faut pas oublier qu'une infirmière à domicile qui exerce le plus souvent en libéral se déplace seule et se trouve régulièrement face à des patients déséquilibrés ou en situation de détresse. Sa sécurité n'est garantie par personne d'autre qu'elle même. Le fait d'intervenir au domicile, de façon répétée pendant plusieurs mois voir plusieurs années instaure des liens importants qui sont une richesse la majeure partie du temps mais peuvent aussi devenir toxiques dans certaines situations, il est parfois difficile de s'en défaire, parfois trop tard. Poser des limites dès le départ d'une prise en charge est essentiel mais quand maladie et souffrance s'en mêlent elles peuvent vite voler en éclat et cela sans préavis. Il y a là une vulnérabilité très importante non prise en compte ou même méprisée par ceux qui font les lois. Aucune solution de protection ne nous est proposé, aucune prime pour s'équiper. Avec tout ce qui existe maintenant il pourrait y avoir des systèmes d'alarmes à distance mais rien. Si, la bonne vieille bombe de laque dans la mallette...
Si nous pensions aux risques réels que nous prenons par moment, nous mettrions pour la plupart la clé sous la porte, et raccrocherions blouses et seringues. Il faut pourtant avancer, mettre ses craintes de côté et pour cela il faut force et courage, quand on se retrouve parfois derrière une porte fermée à se demander et si jamais?... Alors lorsqu'on apprends l'agression de l'une d'entre nous, c'est notre âme de soignant et plus largement de femme qui tremble. Tout cela fait que l'on se sent seule, très seule dans notre profession, même si nous sommes des milliers à exercer.

Seule en scène, la vulnérabilité de l'infirmière libérale.

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