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Une infirmière à la maison

Mon quartier

11 Janvier 2015 , Rédigé par Anne

Le quartier dans lequel je travaille n'est pas grand. C'est un quartier populaire, où se croisent des familles, des personnes seules, aisées ou démunies de tous âges, cultures et religions. En somme un sacré mélange.
Des tours plus ou moins hautes côtoient des pavillons, quelques espaces verts cassent la grisaille du béton.
L'hiver, le quartier entre dans une forme de sommeil, on y croise très peu de monde, la pluie et le vent s'engouffrent entre les barres d'immeubles, sifflent dans les halls quand s'ouvrent les portes. On entend la vie à l'entrée et à la sortie des écoles mais elle se niche la plupart du temps bien au chaud au sein des appartements.
Au printemps, il se réveille, les cerisiers en fleurs inondent de leurs pétales les trottoirs. Les jours s'allongent et le début des soirées est rythmée par les jeux et les rires des enfants qui résonnent entre les tours. Ça a le don d'énerver Jeanne, qui habite au sixième et dont la fenêtre, bien au dessus du parc répercute le son de la jeunesse. Malgré tout, je suis certaine que cela manquerait à la vieille dame si elle avait du triple vitrage ou si elle vivait isolée dans un pavillon de campagne.
Et puis il y a l'été, ses fêtes de quartier, l'effervescence qu'elles créent, le soleil... la vie.
Bien sur, je ne travaille pas au pays de Candy. Non. Alors parfois, d'ailleurs trop souvent à mon goût la misère et la solitude me font des pieds de nez au détour d'une porte ouverte. Parfois et encore trop souvent je me sens bien impuissante face aux situations déchirantes qui viennent assombrir mon quotidien d'infirmière.

Aujourd'hui était une journée particulière, une journée de recueillement national. Prés de quatre millions de personnes sont descendues dans les rues partout en France pour manifester pacifiquement leur rejet de la terreur, de l'horreur qu'a semé l'extrémisme cette semaine passée.

Ce soir, il y avait quatre millions de personnes dehors mais il y avait aussi tous ceux qui n'ont pas pu sortir et qui, par la pensée étaient là. Nous étions nombreux, très nombreux.
Ce soir, chez Fatoumata, chez Roger, chez Amin, Mohammed, chez Rose, chez Leila, Svetlana et la majorité des patients que j'ai visité quelque soit leur âge, leur confession, leur origine, il y avait dans les yeux de l'émotion, parfois des larmes. Pas besoin de parler, un regard suffit.
Alors ce soir j'ai envie de dire que malgré son côté sombre et parfois cruel mon quartier je l'aime, j'aime la façon qu'il a de m'apprendre à ne pas avoir peur de l'autre dans toute sa différence, j'aime ce "sacré mélange"... j'aime son humanité tout simplement.


Au pays de Candy, comme dans tous les pays

Au pays de Candy, comme dans tous les pays

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