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Une infirmière à la maison

Quand la vie s'invite.

14 Décembre 2014 , Rédigé par Anna Publié dans #Petites histoires

Nouveau nom, nouvelle adresse.


J'arrive en bas d'un immeuble, il doit être 11h30. Le début de matinée a été bien rempli. Je viens pour soigner une jeune maman rentrée chez elle après une césarienne.
Le bâtiment, une grande tour haute d'environ une dizaine d'étages ne m'inspire guère. Je sonne à l'interphone, on m'ouvre, sans un mot. Je prends l'ascenseur, je n'aurais pas dû je crois. Cette boîte en métal renferme un mélange d'odeurs dont je n'ose pas imaginer la provenance sous peine de sentir mon estomac entrer en rébellion. Arrivée à destination, je descend et sonne. Une femme m'ouvre, le visage fermé. Je me présente. Sans même un bonjour, elle me montre le fond du couloir, un geste qu'elle accompagne simplement par un " là-bas!" autoritaire. L'appartement est surchauffé mais l'ambiance y est glaciale. Je frappe tout doucement à la porte indiquée pour ne pas déranger le nouveau-né, s'il est avec sa maman. Rien. Je rentre, il fait très sombre. Ce que je vois me fait l'effet d'un électrochoc, certainement parce que c'est à milles lieues de ce que je m'étais imaginée en sortant de la voiture il y a à peine cinq minutes. Au fond de la pièce un lit parapluie dans lequel un tout petit bébé dort, paisiblement. Une lampe de chevet éclaire le visage de ma patiente, un visage de jeune femme sur lequel il y a encore beaucoup de traits enfantins. Un visage hagard, des yeux gonflés par la fatigue et très certainement par des larmes trop nombreuses. La vie s'est invitée en elle a à peine dix huit ans. J'imagine les bouleversements qu'elle a du vivre ces derniers mois, se retrouver en tête à tête avec un nourrisson alors que sa propre enfance est encore si proche. Les difficultés face à sa famille, ses études...
S'en suivent des paroles et des gestes pour rassurer, dire qu'on est là, au moins pendant la durée des soins, qu'il y a la PMI. Qu'en cas de difficulté il y a des portes ouvertes et des oreilles attentives, qu'il ne faut pas hésiter.
Pour redescendre j'ai pris les escaliers, plus d'espace mais pas vraiment plus d'air. J'ai respiré un grand coup en sortant du bâtiment. Il y a des situations qui surprennent, bouleversent et touchent au delà des professionnels que nous sommes, notre âme de maman.

Quand la vie s'invite.

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