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Une infirmière à la maison

Histoires de Femmes

23 Novembre 2014 , Rédigé par Anna Publié dans #Petites histoires





La première fois que j'ai passé cette porte, l'odeur d'épices m'a fait voyager, disons plus précisément oublier la morosité extérieure de l' immeuble dans lequel je venais d'entrer. Elle était là, dans une chambre, au fond de l'appartement occupé exclusivement par des femmes. Du haut de ses 85 ans, le visage fatigué mais les yeux pleins de tendresse. Elle ne parle pas ma langue, je ne parle pas la sienne. Pour les petites choses du quotidien il y a sa fille mais pour le reste, la communication se fait autrement. Au delà des mots il y a la relation que l'on a tissé en quatre ans. Maintenant je sais quand elle va mal...et au fond je crois qu'elle aussi ressent quand chez moi quelque chose va de travers.


Dans cette toute petite maison, très bien tenue, rien ne dépasse, tout est à sa place. Lorsque l'on entre, l'atmosphère n'y est pas très accueillante, la propriétaire des lieux non plus. Toujours une petite remarque désagréable, un reproche... Pourtant nos passages sont attendus, le reste de café "bouillu" du matin est conservé dans une tasse avec sa petite madeleine. C'est ainsi, mes collègues m'avaient prévenu, refuser c'est frôler l'incident diplomatique. Alors je me plie au rituel, je l'écoute en avalant ce breuvage et en pensant que mince, j'aurais du prendre du g*viscon pour finir ma tournée confortablement. Les discussions tournent autour des autres : des voisins, de mes collègues, des enfants des voisins... Les enfants, elle n'en a pas eu, pas de mari non plus, elle est très seule, trop seule. Un jour, je crois l'unique fois où elle m'a laissé entrevoir une faille est quand elle m'a dit : " les enfants ! Que des ennuis ! Ne pas en avoir c'est s'éviter beaucoup de soucis... ( soupir) Et beaucoup de bonheur aussi..." Elle est partie peu après, comme elle le voulait, rapidement et sans jamais avoir à dépendre des autres.


Une petite voix chevrotante, qui m'accueille d'un " ouuuuh! mais c'est la mignonne !" Un accent bien marqué, qui fait partie de ceux qui sont contagieux. Une vraie pipelette. Une fois la porte passée dans le sens inverse, si le téléphone sonne, inévitablement le virus sera transmis à celui qui est au bout du fil. Il ou elle se demandera alors pourquoi un tel accent malgré une voix qui paraît jeune mais ce sera trop tard et la conversation sera ponctuée de "huuuuu! Non ma pauv'!" ou autre " oui c'est valab' ! ". Tout ça à un volume sonore conséquent bien sur.


Et puis il y a ces femmes, plus jeunes, qui mènent un combat. Certaines pour donner la vie, les autres pour la garder.


Il y a des victoires et des défaites, qui marquent, qui résonnent. Des rires, des larmes...
Et parce que je suis l' une d'entre elles, parce qu'au delà de la profession il y a l'humanité, la notre, qu'il faut conserver, je m' autorise à vivre ces émotions.
Pour nos mères, nos sœur, nos filles, nos amies...

Histoires de Femmes

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